L'essentiel en bref
- La capacité vient après l'enveloppe électrique.
- Le XP C 15-712-3 du 3 février 2016 encadre le stockage raccordé.
- Le courant d'emploi du circuit de la batterie est le courant maximal de charge ou de décharge annoncé par le fabricant.
- Chute de tension : 2 %.
- L'ADEME place la batterie en dernier recours.
Que dimensionne-t-on exactement sur une batterie ?
Quatre grandeurs, et non une seule. En 2024, le CONSUEL a délivré 8 391 attestations pour des installations de production avec stockage, soit 3,3 % du total, en hausse de 86,2 % sur un an (CONSUEL, 2024). Derrière ce volume, le dimensionnement porte sur la capacité, la puissance, l'architecture et les protections.
Exprimée en kilowattheures, la capacité décide de la quantité d'énergie reportée. Exprimée en kilowatts, la puissance décide de la vitesse à laquelle elle entre et ressort. Ces deux grandeurs sont indépendantes.
Deux batteries de 10 kWh peuvent accepter 3 kW ou 10 kW en charge. Sur le papier, elles se ressemblent. Sur un chantier, elles n'imposent ni la même section de câble, ni les mêmes protections.
Choisir la capacité relève d'un calcul économique que nous traitons ailleurs. Notre article sur la rentabilité d'une batterie solaire chiffre le gain annuel et le temps de retour. Celui-ci part de là où ce calcul s'arrête : l'enveloppe électrique.
Pourquoi la puissance compte-t-elle autant que la capacité ?
Parce que c'est elle qui dimensionne les conducteurs. Pour ce circuit, le XP C 15-712-3 retient comme courant d'emploi « le courant maximal de charge ou de décharge » déclaré par le fabricant (XP C 15-712-3, 2016). Ce courant n'a aucun rapport avec celui du générateur photovoltaïque.
Dimensionner ce circuit à partir du courant des chaînes revient à se tromper de grandeur. Côté champ, le courant reste plafonné par l'ensoleillement. Côté batterie, le débit dépend de l'électronique, pas du soleil.
Ce rapport entre puissance et capacité porte un nom dans les fiches techniques : le régime de charge, souvent noté C. À 0,5 C, une batterie de 10 kWh accepte 5 kW. À 1 C, la même batterie accepte 10 kW, et son circuit double de contrainte.
Vérifiez cette ligne avant toute autre. Elle conditionne la section retenue, le calibre de protection et, en pratique, le prix du lot électrique.
Quel texte encadre réellement le stockage en France ?
Il s'agit du XP C 15-712-3, publié le 3 février 2016 sous l'indice de classement C 15-712-3, et intitulé « Installations photovoltaïques avec dispositif de stockage et raccordées à un réseau public de distribution » (XP C 15-712-3, 2016). Ce n'est pas le document que cite le marché.
Partout, on cite le guide UTE C 15-712-1, qui traite des installations raccordées sans stockage. Nous avons déjà signalé cette confusion à propos du dimensionnement des câbles photovoltaïques. Elle se répète ici, en plus coûteux.
S'appuyer sur le seul 712-1, c'est passer à côté des clauses propres à la batterie : courant de défaut, sectionnement, schéma de liaison à la terre côté continu, mode autonome. Ces clauses n'existent que dans le 712-3.
Chez l'éditeur, le texte complet reste payant. Nous citons ici les clauses vérifiées sur un exemplaire accessible en ligne, en indiquant chaque fois leur numéro.
Couplage DC ou couplage AC : que change l'architecture ?
Tout : le point de raccordement de la batterie, et donc le périmètre de la norme. Ce même texte décrit trois architectures, et dans les trois la batterie se raccorde sur la partie distribution à courant continu (XP C 15-712-3, 2016). Tout tient à l'isolation galvanique.
En figure 1, le montage ne comporte aucune isolation galvanique. En figure 2, un convertisseur isolé s'intercale entre continu et alternatif. En figure 3, régulateur et onduleur se regroupent dans un appareil unique, avec isolation.
Dans le langage commercial, ces trois cas se résument à « couplage DC ». Poser un onduleur de batterie distinct côté alternatif, derrière un onduleur photovoltaïque existant, c'est au contraire le couplage AC. C'est la solution de rétrofit.
Chaque architecture a son coût caché. En couplage DC, il faut revoir l'onduleur, donc le dimensionnement de l'onduleur dans son ensemble. À l'inverse, le couplage AC conserve l'existant, mais ajoute une conversion et un appareil à déclarer.
| Critère | Couplage DC | Couplage AC |
| Point de raccordement | Partie distribution continue | Tableau alternatif |
| Installation neuve | Architecture la plus directe | Redondance de conversion |
| Ajout sur existant | Remplacement de l'onduleur | Onduleur PV conservé |
| Conversions sur un cycle | Une | Deux |
| Texte applicable | XP C 15-712-3 en totalité | XP C 15-712-3 et NF C 15-100 |
Comment déterminer le courant d'emploi du circuit de la batterie ?
En lisant la fiche produit, pas en calculant. Au paragraphe 8.2.1, le XP C 15-712-3 impose que le câble de la batterie soit protégé contre les surintensités, en tenant compte d'un courant de charge qui peut dépasser le courant d'utilisation (XP C 15-712-3, 2016).
Prenez donc la plus grande des deux valeurs annoncées, charge ou décharge. Sur les batteries lithium récentes, la décharge est souvent la plus élevée, parce qu'elle sert aussi au mode secours.
Une dispense existe. Conformément au paragraphe 434.3 de la NF C 15-100, la protection contre les courts-circuits peut être omise si le câblage réduit le risque et n'approche aucun matériau combustible. Cette dispense se justifie dans le dossier, elle ne se suppose pas.
Les trois valeurs à relever sur la fiche produit
- Le courant maximal de charge, en ampères, à la tension nominale du bus continu.
- Le courant maximal de décharge.
- Le courant de défaut présumé que la batterie peut fournir en cas de court-circuit, noté Idefbat dans le texte du XP C 15-712-3.
Si la fiche ne donne pas la troisième valeur, demandez-la au fabricant par écrit. Elle intervient directement dans le calcul du pouvoir de coupure, et son absence est un motif de réserve légitime.
Pourquoi la chute de tension se calcule-t-elle à 2 % ?
Parce que le texte le fixe ainsi. Au paragraphe 11.4, le XP C 15-712-3 retient 2 % au maximum entre la batterie et les dispositifs de régulation, en l'absence de mesure de tension aux bornes mêmes de la batterie (XP C 15-712-3, 2016). Tout se rapporte à la tension nominale du bus continu.
Cette valeur est bien plus sévère que celle appliquée au circuit des chaînes photovoltaïques. Elle s'explique simplement : une chute excessive fausse la régulation de charge et abrège la vie des cellules.
Ce calcul s'effectue au courant maximal de charge ou de décharge, pas au courant moyen. Sur un bus 48 volts, 2 % représentent moins d'un volt, ce qui conduit vite à des sections généreuses sur quelques mètres seulement.
C'est la raison pour laquelle la distance entre la batterie et l'onduleur se décide en phase de conception, et non le jour de la pose.
Pourquoi le pouvoir de coupure doit-il intégrer la batterie ?
Parce que la batterie ajoute sa propre contribution au défaut. Au paragraphe 8.1.6, le texte exige que le pouvoir de coupure du dispositif soit égal à la somme du courant de court-circuit maximal du générateur et du courant de défaut présumé venant de la batterie (XP C 15-712-3, 2016).
En court-circuit, un générateur photovoltaïque dépasse à peine son courant nominal. Une batterie lithium, non. Elle peut débiter plusieurs centaines d'ampères pendant quelques instants.
Additionner les deux change l'ordre de grandeur du calibre retenu. Choisi sur le seul Iscmax du champ, l'appareillage est sous-dimensionné dès que la batterie entre dans le circuit, même si l'installation fonctionne normalement pendant des mois.
Quel schéma de liaison à la terre côté continu ?
IT ou TT, jamais TN. Au paragraphe 7.3.2, le XP C 15-712-3 l'énonce sans réserve : le schéma TN « n'est pas envisageable » côté courant continu (XP C 15-712-3, 2016). Côté alternatif, le choix dépend de l'isolation galvanique de l'onduleur.
Avec isolation galvanique, l'onduleur laisse le schéma alternatif libre, en TT ou en TN. Sans isolation, il doit supporter un défaut d'isolement côté continu sans se dégrader, ce que sa fiche technique doit affirmer explicitement.
Ce point se vérifie avant la commande. Non conforme sur ce critère, un appareil ne se rattrape pas par un accessoire.
Que faut-il prévoir en plus pour le mode autonome ?
Une coupure omnipolaire et un point de terre unique. Au paragraphe 9.3, le texte impose que le basculement se fasse par disparition de la tension réseau, avec coupure de tous les conducteurs actifs avant resynchronisation (XP C 15-712-3, 2016). Revenir au mode raccordé n'est permis qu'à l'arrêt ou en synchronisme.
S'y ajoute, au paragraphe 9.4, une contrainte que beaucoup de dossiers oublient. En mode autonome, le neutre doit être relié à la terre, sans chevauchement, pour éviter les déclenchements intempestifs des différentiels.
Concrètement, une fonction secours exige un tableau de secours séparé et un schéma qui le montre. Vendre la fonction sans la câbler ainsi expose à un fonctionnement erratique, puis à une réclamation.
Au paragraphe 12.3.3, le texte complète : un dispositif de coupure doit exister sur le circuit de la batterie, et il doit être « reconnaissable et rapidement accessible ». C'est ce que les pompiers cherchent en premier.
Comment choisir la capacité une fois l'enveloppe fixée ?
En partant de la consommation reportable, pas de la production. L'ADEME recommande explicitement de « rester prudent sur ce choix, leur pertinence environnementale pour maximiser l'autoconsommation pouvant être questionnée » (ADEME, janvier 2025). Dans cet ordre, la batterie vient après les autres leviers.
L'agence classe ces leviers dans un ordre précis : décaler les usages pilotables, puis recourir à la recharge pilotée d'un véhicule électrique, et seulement ensuite envisager une batterie stationnaire.
Cet ordre a une traduction commerciale directe. Faire passer le taux d'autoconsommation d'un client de 25 % à 45 % par le seul pilotage lui fait gagner environ cinq ans de temps de retour sur une installation de 3 à 9 kWc, selon la même source.
Vient ensuite la capacité utile, celle de l'énergie réellement déplaçable un soir d'intersaison. Elle est presque toujours inférieure à la capacité nominale, et le rapport entre les deux figure sur la fiche produit, sous le nom de profondeur de décharge.
Vient enfin la chimie. Nous la traitons dans notre comparatif des batteries solaires, qui oppose LFP, NMC et sodium-ion.
Où installer la batterie, et ce que l'emplacement contraint
L'emplacement décide de la longueur de câble, donc de la chute de tension de 2 % évoquée plus haut. Au paragraphe 14.6, le XP C 15-712-3 renvoie à la NF EN 50272-2 pour les exigences propres au local et à la ventilation, en distinguant accumulateurs au plomb et accumulateurs lithium-ion (XP C 15-712-3, 2016).
En maison individuelle, le garage attenant reste le compromis le plus fréquent. Il offre une température stable et une distance courte vers le tableau.
Reste le marquage, qui n'est pas négociable. Sur la batterie ou son enveloppe, le paragraphe 15.2.4 impose le type, la tension nominale, les avertissements propres à la chimie et les limites de courant. Quant au paragraphe 15.2.2, il traite l'étiquetage de la partie continue.
Rappelons que la signalisation est la première cause de non-conformité relevée par le CONSUEL sur le photovoltaïque résidentiel, à 33,1 % des installations contrôlées (CONSUEL, 2024). Notre guide du contrôle CONSUEL détaille le dossier à fournir.
Ce que le marché français montre aujourd'hui
Une base installée qui grossit vite, et un stockage encore marginal. Au 31 mars 2026, le parc photovoltaïque français atteignait 33,0 GW, avec 1,5 GW raccordés sur le trimestre et 6,6 TWh produits, soit 4,6 % de la consommation métropolitaine hors autoconsommation (SDES, mai 2026).
En face, la part des installations déclarées avec stockage reste à un chiffre. Ces 8 391 attestations de 2024 représentaient 3,3 % des 257 357 attestations de production délivrées cette année-là, pour une progression annuelle de 86,2 %.
Autrement dit, le volume double à peu près chaque année sur une base très basse. Pour un installateur, cela signifie que la compétence électrique se construit maintenant, avant que le flux ne rende l'apprentissage coûteux.
Sur le segment professionnel, la logique change complètement : la batterie se dimensionne alors sur la pointe appelée, et non sur le surplus. Notre article sur le peak shaving traite ce cas.
Ce que nous ne publions pas, et pourquoi
Nous ne donnons aucune règle du type « 1 kWh de batterie par kWc installé ». Aucune source de premier rang n'en publie, et le rapport correct dépend du profil de consommation, pas de la puissance crête.
Nous ne publions pas non plus de prix au kilowattheure stocké. Ce marché bouge trop vite pour qu'un chiffre daté serve à autre chose qu'à tromper un lecteur six mois plus tard.
Enfin, nous citons le XP C 15-712-3 par numéro de paragraphe, sans en reproduire le texte, qui reste la propriété de son éditeur. Procurez-vous le document si vous montez régulièrement des installations avec stockage.
Dernier point, et il mérite attention : l'ajout d'une batterie peut faire basculer l'opération à 20 % de TVA. Notre article sur l'attestation de TVA à 10 % expose la règle et ses conséquences sur le devis.
Questions fréquentes sur le dimensionnement d'une batterie solaire
Faut-il un CONSUEL pour ajouter une batterie à une installation existante ?
Oui dès lors que l'installation de production est modifiée. Dans ses statistiques, le CONSUEL distingue les attestations avec et sans dispositif de stockage, et en comptait 8 391 avec stockage en 2024 (CONSUEL, 2024). L'ajout relève donc d'une nouvelle attestation, pas d'une simple intervention.
Un onduleur hybride dispense-t-il de la norme stockage ?
Non. L'appareil correspond à la figure 3 du XP C 15-712-3, qui regroupe régulateur et onduleur avec isolation galvanique. Toutes les clauses batterie restent applicables, y compris le sectionnement et le marquage. Notre guide de l'onduleur hybride détaille le choix de l'appareil.
Quelle section retenir si le fabricant ne donne pas de valeur ?
Aucune. Selon le paragraphe 8.2.1, le courant d'emploi du circuit de la batterie est le courant maximal annoncé par le fabricant. Sans cette donnée, le calcul n'a pas de point de départ, et la seule réponse professionnelle est de la réclamer avant commande.
Le stockage change-t-il la puissance déclarée au gestionnaire de réseau ?
Il peut la changer, selon l'architecture retenue et le mode de fonctionnement déclaré. Sans injection, le parcours est distinct : notre article sur la CACSI Enedis le décrit. Vérifiez ce point avant de déposer la demande de raccordement.
La batterie se dimensionne-t-elle sur l'hiver ou sur l'été ?
Sur l'intersaison. En été, le surplus dépasse toute capacité raisonnable et la batterie sature. En hiver, la production ne remplit rien. C'est au printemps et à l'automne que la capacité utile travaille réellement, et c'est donc là que le calcul se cale.






