La pointe de consommation française a atteint 88 GW en 2025, son plus haut niveau depuis 2021 (RTE, 2026). Vos clients professionnels vivent la même chose à leur échelle. Quelques dizaines d'heures par an décident du montant de leur abonnement réseau.
Le peak shaving, ou écrêtage des pointes, efface ces heures avec une batterie ou un pilotage de charges. L'argument commercial tient en une phrase. La mécanique tarifaire, elle, est contre-intuitive, et elle change du tout au tout entre un site en basse tension et un site en HTA.
Ce guide reprend la grille TURPE 7 en vigueur et montre où se situe réellement l'économie.
L'essentiel en bref
- La pointe française a atteint 88 GW en 2025, au plus haut depuis 2021 (RTE, 2026).
- Le TURPE 7 facture la puissance en cascade : baisser la seule classe de pointe rapporte 1,65 €/kVA/an en BT supérieure à 36 kVA, contre 17,61 € si toute l'échelle descend.
- Les dépassements se paient 12,41 € par heure en basse tension, mais au carré de leur amplitude en HTA.
- L'écrêtage devient rentable en HTA bien avant de l'être en basse tension.
Qu'est-ce que le peak shaving ?
Le peak shaving limite la puissance appelée au réseau pendant les quelques heures où elle culmine. Vous y parvenez en injectant de l'énergie stockée, ou en décalant des charges. En France, l'enjeu porte d'abord sur la puissance souscrite, dont la part fixe se paie à l'année (grille TURPE 7, 2025).
Deux leviers coexistent sur un site. Le premier est l'effacement : vous coupez ou décalez un équipement quand la puissance approche du seuil. Le second est la batterie, qui fournit la différence sans toucher au process.
Le photovoltaïque s'ajoute à ces deux leviers, mais il ne les remplace pas. Une pointe d'hiver à 18 h ne rencontre aucun soleil.
Comment le TURPE facture-t-il vos pointes ?
Le TURPE 7 HTA-BT est entré en vigueur le 1er août 2025, pour environ quatre ans. L'évolution initiale s'est établie à moins 1,92 % (CRE, délibération n° 2025-78, 2025). Une modification des grilles s'applique au 1er août 2026 (CRE, délibération n° 2026-33, 2026).
La composante annuelle de soutirage suit une formule unique pour la basse tension supérieure à 36 kVA et pour la HTA. Elle s'écrit CS = b1 × P1 + Σ bi × (Pi − Pi−1) + Σ Ci × Ei (grille TURPE 7, 2025).
Autrement dit, seule la première puissance souscrite est facturée au plein coefficient. Les suivantes ne se paient que sur leur écart avec la précédente.
Le tableau ci-dessous donne les coefficients de puissance pour un site en basse tension au-dessus de 36 kVA.
| Classe temporelle | Courte utilisation (€/kVA/an) | Longue utilisation (€/kVA/an) |
| Heures pleines hiver | 17,61 | 30,16 |
| Heures creuses hiver | 15,96 | 21,18 |
| Heures pleines été | 14,56 | 16,64 |
| Heures creuses été | 11,98 | 12,37 |
Pourquoi baisser la seule pointe ne rapporte presque rien
C'est le point que la plupart des argumentaires oublient. En version courte utilisation, l'écart entre les heures pleines hiver et les heures creuses hiver n'est que de 1,65 €/kVA/an, soit 17,61 moins 15,96 (grille TURPE 7, 2025). Baisser uniquement la puissance de pointe rapporte donc cet écart, pas le coefficient entier.
La formule en cascade l'explique. Si vous réduisez P1 sans toucher à P2, le terme b1 × P1 diminue mais le terme b2 × (P2 − P1) augmente d'autant.
L'économie pleine n'arrive que si toute l'échelle descend. Dans ce cas, seul b1 × P1 bouge, et chaque kVA gagné vaut 17,61 € par an en courte utilisation, 30,16 € en longue utilisation.
Concrètement, un atelier qui passe ses quatre puissances souscrites de 96 à 84 kVA économise 211 € par an en courte utilisation. Douze kVA effacés, pour le prix d'une batterie. Le compte n'y est pas.
Comment sont mesurés les dépassements ?
Les deux segments ne comptent pas la même chose. En basse tension supérieure à 36 kVA, la facturation repose sur la durée du dépassement, à raison de 12,41 € par heure (grille TURPE 7, 2025). Une pointe brève coûte donc le même prix qu'elle dépasse de 2 kVA ou de 40 kVA.
En HTA, la logique s'inverse. La composante se calcule par la formule CMDPS = a × √(Σ ΔP²), où ΔP désigne le dépassement en kW par pas de 10 minutes (grille TURPE 7, 2025).
Cette somme de carrés change la stratégie de pilotage. Un seul gros dépassement pèse davantage que plusieurs petits cumulant la même énergie.
Le pas de 10 minutes mérite aussi votre attention. Votre batterie n'a pas à couvrir un appel instantané, mais une moyenne glissante, ce qui réduit la puissance à installer.
Quelle différence entre un site BT et un site HTA ?
L'écart de rentabilité est structurel, pas marginal. En HTA longue utilisation, le coefficient de la classe Pointe va de 35,33 à 38,27 €/kW/an selon le sous-segment, contre 14,41 € en courte utilisation (grille TURPE 7, 2025). Le même kilowatt effacé vaut donc jusqu'à sept fois plus qu'en basse tension.
| Critère | BT supérieure à 36 kVA | HTA |
| Classes temporelles | 4 | 5, dont Pointe |
| Coefficient de la 1re classe (longue utilisation) | 30,16 €/kVA/an | 35,33 à 38,27 €/kW/an |
| Dépassement | 12,41 € par heure | a × √(Σ ΔP²), pas de 10 min |
| Contrainte sur les puissances | Pi+1 ≥ Pi | Pi+1 ≥ Pi |
| Levier dominant | prix de l'énergie | part puissance et dépassements |
Notez la contrainte commune Pi+1 ≥ Pi. Les puissances souscrites doivent être croissantes d'une classe à la suivante, ce qui interdit de descendre la seule classe d'hiver sous celle d'été.
Quelle puissance et quelle capacité de batterie viser ?
Le dimensionnement se lit dans la courbe de charge, pas dans la facture. Le pas de mesure de 10 minutes retenu pour les dépassements HTA fixe la granularité utile (grille TURPE 7, 2025). Vous cherchez donc les excursions moyennées sur dix minutes, pas les appels de démarrage.
La puissance de la batterie se déduit de l'écart maximal entre la courbe et le seuil visé. La capacité se déduit de l'aire sous cette courbe, au-dessus du seuil, sur l'excursion la plus longue de l'année.
Deux vérifications évitent les mauvaises surprises. La première porte sur la simultanéité : plusieurs excursions rapprochées peuvent vider la batterie avant la dernière. La seconde porte sur le rendement de cycle, qui réduit l'énergie réellement disponible.
Prenons un cas simple. Une excursion qui culmine 45 kW au-dessus du seuil et dure quarante minutes appelle une batterie d'au moins 45 kW de puissance et 30 kWh utiles, avant prise en compte du rendement. Répétée trois fois dans la même après-midi, elle demande le triple d'énergie, à puissance inchangée.
Notre guide sur le calcul de rentabilité d'une batterie solaire détaille la méthode de valorisation. Le comparatif des technologies LFP, NMC et sodium-ion aide ensuite à choisir la chimie selon le nombre de cycles attendu.
Le photovoltaïque suffit-il à écrêter une pointe ?
Rarement seul. En 2025, la France a compté 513 heures à prix spot négatif, contre 352 en 2024. Environ 3 TWh d'énergie solaire et éolienne ont été modulés lors de ces épisodes (RTE, 2026). Le solaire produit massivement quand le réseau en a le moins besoin.
Sur un site tertiaire, la corrélation reste souvent bonne : la pointe de climatisation tombe en milieu de journée. Sur un site industriel à trois-huit ou un site chauffé, elle est mauvaise.
La règle pratique tient en une question. Regardez à quelle heure tombent les dix plus fortes valeurs de la courbe de charge. Si elles sortent de la plage 10 h - 16 h, le photovoltaïque seul ne fera pas le travail.
L'association d'un champ correctement dimensionné et d'un stockage piloté change la donne. Le guide de dimensionnement d'une installation photovoltaïque pose les bases du premier terme.
Quel rôle joue l'EMS ou gestionnaire d'énergie ?
L'EMS est ce qui transforme une batterie en outil d'écrêtage. Sans lui, la batterie se charge au surplus et se décharge à la consommation, sans jamais regarder le seuil de puissance souscrite. Or la part puissance représente un coût fixe indépendant de l'énergie consommée (grille TURPE 7, 2025).
Trois fonctions comptent. La prévision de charge, qui anticipe l'excursion. La gestion du seuil, qui déclenche la décharge avant le franchissement. La priorisation, qui arbitre entre écrêtage, autoconsommation et recharge de véhicules.
Ce dernier point devient central dès qu'il y a des bornes sur site. Une recharge rapide non pilotée crée à elle seule la pointe que la batterie est censée effacer. Notre article sur la recharge de véhicules électriques couplée au solaire traite l'arbitrage en détail.
Exigez enfin un journal d'événements exploitable. Sans historique des seuils franchis et des décharges déclenchées, vous ne pourrez pas démontrer le gain au client, ni ajuster le réglage après la première année.
Quels gains chercher avant d'installer une batterie ?
Trois leviers coûtent beaucoup moins cher. Le premier est le réglage des puissances souscrites elles-mêmes, souvent héritées d'un usage disparu. Le second est l'énergie réactive : au-delà du rapport tan φ max de 0,40, l'énergie réactive absorbée devient facturable (grille TURPE 7, 2025).
Le troisième est le calendrier. La réforme des heures pleines et heures creuses déplace les plages depuis le 1er novembre 2025, ce qui modifie la répartition entre classes temporelles. Nous l'avons détaillée dans notre article sur les nouveaux dispositifs HP-HC.
Un délestage simple sur deux ou trois équipements non critiques suffit parfois. Il ne coûte qu'un automate et une étude de charge.
Combien l'écrêtage rapporte-t-il, concrètement ?
Le calcul se fait toujours en deux parts. Sur un site en basse tension au-dessus de 36 kVA, effacer 12 kVA sur les quatre classes vaut 211 € par an en courte utilisation. Supprimer 40 heures de dépassement annuel ajoute 496 €, à 12,41 € l'heure (grille TURPE 7, 2025).
Environ 700 € par an, donc. À ce niveau, la batterie ne se finance pas sur le TURPE seul, et le reste du dossier doit venir de l'énergie.
Or les prix ont baissé. Au premier semestre 2025, les entreprises ont payé 156 €/MWh hors taxe sur la valeur ajoutée en moyenne. Le recul atteint 9,3 % sur un an (SDES, 2025). Les plus petits consommateurs font exception, à 221 €/MWh pour la tranche 0,02 à 0,5 GWh, en hausse de 3,1 %.
Cette hausse s'explique par la fiscalité. L'accise sur l'électricité est passée de 0,50 à une fourchette de 20,50 à 25,69 €/MWh en février 2025, et les gros consommateurs en sont largement exonérés (SDES, 2025).
Sur un site HTA, le même exercice change d'échelle. Cent kilowatts effacés sur toutes les classes en longue utilisation valent de 3 533 à 3 827 € par an sur la seule part puissance (grille TURPE 7, 2025).
Ce que nous ne publions pas, et pourquoi
Vous ne trouverez ici ni prix au kilowattheure installé pour une batterie industrielle, ni temps de retour type. Aucune source française de premier ou deuxième rang consultée pour cet article ne publie ces valeurs pour le segment professionnel.
Le coefficient a de la formule de dépassement HTA varie selon le domaine de tension. La grille consultée n'en donne pas de valeur unique. Demandez-le à votre gestionnaire de réseau pour le site concerné.
Enfin, le parc de batteries lithium-ion raccordées en France a progressé de 216 MW en 2024. Il dépasse désormais 1 GW au total (RTE, 2025). Ce chiffre couvre le raccordement en moyenne et haute tension, pas le segment des sites tertiaires en basse tension.
Questions fréquentes
Le peak shaving concerne-t-il les sites en basse tension jusqu'à 36 kVA ?
Peu. En dessous de 36 kVA, la tarification ne comporte pas de composante de dépassement horaire ni de puissances souscrites par classe temporelle. Le disjoncteur de branchement coupe, tout simplement. L'intérêt porte alors sur le confort d'exploitation, pas sur l'économie de TURPE.
Faut-il une batterie pour faire du peak shaving ?
Non. Le délestage piloté de charges non critiques produit le même effet sur la puissance appelée, pour un coût très inférieur. La batterie devient nécessaire quand aucune charge n'est effaçable sans perte de production, ou quand l'excursion dure trop longtemps.
Le surplus photovoltaïque peut-il servir à écrêter ?
Uniquement s'il est stocké. Un surplus injecté au réseau ne réduit pas la puissance appelée à un autre moment de la journée. Depuis la réforme S21, le surplus est de toute façon racheté à un tarif faible, ce qui renforce l'intérêt du stockage sur site.
Comment obtenir la courbe de charge d'un client ?
Le gestionnaire de réseau met les données de comptage à disposition du client, qui peut vous mandater. Prévoyez au moins douze mois d'historique pour capter la pointe hivernale. Sans cette année complète, tout dimensionnement reste une hypothèse.
L'écrêtage a-t-il un intérêt en autoconsommation collective ?
Oui, mais la logique change. La puissance souscrite reste individuelle à chaque point de livraison, alors que le partage porte sur l'énergie. Notre guide de l'autoconsommation collective détaille la répartition entre participants.
L'écrêtage se combine-t-il avec un onduleur hybride ?
Oui, à condition que l'onduleur accepte un pilotage externe sur consigne de puissance au point de livraison. Beaucoup de produits résidentiels ne gèrent que l'autoconsommation et ignorent la puissance souscrite. Vérifiez ce point avant de le proposer sur un site professionnel.
Faut-il déclarer la batterie au gestionnaire de réseau ?
Oui dès qu'elle peut injecter. Une batterie strictement dédiée à l'écrêtage, sans injection, relève d'une convention spécifique. Le suivi de production reste par ailleurs indispensable, comme le rappelle notre article sur le monitoring et la maintenance photovoltaïque.






