Deux pompes à chaleur identiques, posées dans deux maisons comparables, peuvent consommer du simple au double. L'écart ne vient ni de la marque ni du fluide frigorigène. Il vient d'une courbe de réglage que personne ne relit après la mise en service.
L'ADEME a publié en octobre 2025 une campagne de mesure inédite. Elle a instrumenté 90 pompes à chaleur air/eau en maison individuelle, sur une saison de chauffe complète. Le COP moyen mesuré ressort à 2,9, mais certaines machines dépassent 4 quand d'autres peinent à atteindre 1,8 (ADEME, 2025).
L'essentiel en bref
- COP moyen mesuré de 2,9 sur 90 PAC air/eau, de 1,8 à plus de 4 selon le réglage (ADEME, 2025).
- Baisser de 10 °C l'eau envoyée dans les émetteurs vaut environ 1 point de COP.
- La fiche CEE BAR-TH-171 impose la classe du régulateur, jamais la courbe effectivement réglée.
- Une régulation climatique avec capteur d'ambiance vaut 4 points d'ETAS, contre 3 pour un thermostat modulant seul.
- Repères de chantier : départ sous 50 °C, surface de plancher sous 28 °C, un démarrage par heure au maximum.
Qu'est-ce que la loi d'eau, exactement ?
C'est le réglage qui fixe la température de l'eau envoyée dans les émetteurs selon la température extérieure (ADEME, 2025). Elle remplace une consigne fixe par une droite. Plus il fait froid dehors, plus l'eau part chaude, et seulement dans cette proportion.
Deux paramètres seulement composent ce réglage : la pente et le décalage parallèle. La fiche d'autocontrôle PAC air/eau de l'AQC et du programme PROFEEL les nomme ainsi (AQC / PROFEEL, point 61).
La pente fixe l'inclinaison de la droite, tandis que le décalage parallèle la monte ou la descend en bloc sans toucher à son inclinaison. Confondre les deux est la première cause de réglage raté, car chacun corrige un symptôme différent.
Pourquoi la loi d'eau décide-t-elle du COP ?
Parce que le COP dépend de l'écart entre la source froide et la température de sortie. L'ADEME le formule en une phrase exploitable sur chantier : baisser de 10 °C l'eau qui circule dans les radiateurs vaut 1 point de COP (ADEME, 2025).
Sur une machine qui tourne à 2,9, un point de COP représente près d'un tiers de la facture de chauffage. Aucun autre réglage accessible en fin de chantier ne pèse autant.
L'ADEME situe la plage utile entre 35 et 45 °C de départ. Une pompe à chaleur est conçue pour fonctionner plus bas qu'une chaudière, et une courbe héritée du générateur précédent la fait travailler hors de son domaine de rendement.
Que dit la réglementation sur le régulateur ?
La communication 2014/C 207/02 de la Commission européenne classe les régulateurs de température en huit catégories (Commission européenne, 2014). Chacune reçoit un bonus en points d'efficacité énergétique saisonnière, et quatre de ces huit classes sont des régulations climatiques, autrement dit des lois d'eau.
| Classe | Type de régulation | Bonus d'ETAS |
| I | Thermostat d'ambiance marche/arrêt | +1 % |
| II | Régulateur climatique avec compensation, dispositif modulant | +2 % |
| III | Régulateur climatique avec compensation, dispositif tout ou rien | +1,5 % |
| IV | Thermostat d'ambiance PID, dispositif tout ou rien | +2 % |
| V | Thermostat d'ambiance modulant, dispositif modulant | +3 % |
| VI | Régulation climatique et capteur d'ambiance, dispositif modulant | +4 % |
| VII | Régulation climatique et capteur d'ambiance, dispositif tout ou rien | +3,5 % |
| VIII | Régulateur de température d'ambiance multi-capteurs, dispositif modulant | +5 % |
Ce tableau se lit à rebours de l'intuition. Un thermostat d'ambiance modulant seul, en classe V, vaut 3 points, alors qu'une régulation climatique associée à un capteur d'ambiance, en classe VI, en vaut 4. La loi d'eau n'est donc pas un confort d'installateur.
Quels seuils d'ETAS conditionnent les CEE ?
La fiche CEE BAR-TH-171, version A78.4, s'applique depuis le 1er janvier 2026 (ministère de la Transition écologique, 2026). Elle exige une efficacité énergétique saisonnière d'au moins 126 % en application basse température, le seuil tombant à 111 % en moyenne ou haute température.
Ces deux nombres circulent souvent inversés dans les documents commerciaux. C'est bien la basse température qui porte le seuil le plus exigeant. C'est là que la machine doit exceller.
Cette même fiche impose un régulateur relevant des classes IV, V, VI, VII ou VIII. Trois classes sont donc écartées, I, II et III, ce qui exclut le régulateur climatique simple monté sur un générateur tout ou rien.
Le règlement européen 813/2013 ne définit que deux applications (EUR-Lex, 2013). Basse température signifie 35 °C de sortie, moyenne température 55 °C. L'expression « haute température » circule partout dans la filière, mais l'écoconception ne la définit nulle part.
La fiche CEE impose la classe, jamais la courbe
C'est le point que la plupart des pages sur le sujet manquent. En version A78.4, la fiche demande une note de dimensionnement du générateur par rapport aux déperditions calculées à T = Tbase, remise au bénéficiaire à l'engagement puis actualisée à l'achèvement des travaux.
Elle impose également la classe du régulateur installé. Elle n'exige à aucun moment un document décrivant la courbe effectivement réglée, ni ses valeurs de pente et de décalage.
Vous obtenez alors une installation parfaitement conforme au dossier CEE, dont la loi d'eau est restée sur le réglage d'usine. La conformité administrative et la performance mesurée sont deux choses distinctes, et l'écart entre les deux est exactement ce que l'ADEME a chiffré.
Notre guide du bilan thermique et du calcul des déperditions détaille la note de dimensionnement elle-même. Cet article traite de ce qui vient après, une fois la machine posée.
Comment régler la pente et le décalage parallèle ?
En séparant les symptômes. Près d'un tiers des installations ne donnent pas les résultats attendus (ADEME, 2025). En cause, le plus souvent : des réglages ou des dimensionnements imparfaits. Une seule règle compte : corriger un paramètre à la fois, puis attendre.
Quand agir sur la pente
La pente se corrige quand l'écart dépend de la météo. Le logement est confortable en mi-saison mais froid par grand froid : la pente est trop faible. Il est confortable en janvier mais surchauffe en octobre : la pente est trop forte.
Quand agir sur le décalage
Le décalage parallèle se corrige quand l'écart est constant. Il fait trop frais, ou trop chaud, par toutes les températures extérieures. Vous montez ou descendez alors la droite entière, typiquement par pas de 2 à 3 °C.
Comptez au moins vingt-quatre heures entre deux corrections. L'inertie du bâti et celle de l'émetteur retardent la réponse. Un enchaînement de retouches rapides finit toujours par surcompenser.
Quelle température de départ selon les émetteurs ?
La fiche d'autocontrôle de l'AQC fixe deux limites vérifiables en fin de chantier (AQC / PROFEEL, point 64). Température de départ sous 50 °C, température de surface du plancher sous 28 °C. Son point 63 demande de vérifier ce départ selon les émetteurs.
Plancher chauffant
Ici, la contrainte porte sur la température de surface, pas sur celle de l'eau. Un plancher bien dimensionné travaille autour de 35 °C de départ par température de base, ce qui le place dans le bas de la plage retenue par l'ADEME, donc au meilleur du rendement.
Radiateurs existants
C'est le cas difficile en rénovation. Des radiateurs dimensionnés pour une chaudière à 70 °C ne restituent pas la même puissance à 45 °C. Il faut soit accepter une pente plus forte et un COP dégradé, soit remplacer les émetteurs les plus défavorables.
L'isolation change l'arbitrage avant même le choix de l'émetteur. Notre classement des isolants par performance thermique donne les ordres de grandeur utiles à cette décision.
Comment repérer une loi d'eau trop haute ?
Au comportement du compresseur, avant même de regarder un relevé. L'ADEME pose une règle simple (ADEME, 2025). Une pompe à chaleur ne devrait pas démarrer et s'arrêter plus d'une fois par heure, et au-delà de ce rythme la machine se bat contre son propre réglage.
Le rapport REX de l'AQC sur la pompe à chaleur en rénovation décrit le même phénomène (AQC, 2022). Sur les machines surdimensionnées, il relève des courts cycles, avec des marches et arrêts inférieurs à dix minutes.
Trois conséquences sont citées : usure prématurée du compresseur, surconsommation et baisse du COP. Le rapport précise lui-même qu'aucune extrapolation statistique ne peut être réalisée : il décrit un mécanisme, pas une fréquence.
Quelques semaines de suivi suffisent à trancher. Vous retrouverez les principes de relevé dans notre guide du monitoring et de la maintenance.
Que faire sur une PAC déjà surdimensionnée ?
Ajuster la loi d'eau plutôt que déposer la machine. Sur ce point, l'ADEME est explicite (ADEME, 2025). Même surdimensionnée, la PAC conserve de bonnes performances, et l'ajustement de la loi d'eau permet même de les améliorer.
C'est une nouvelle plutôt rassurante pour un parc posé vite. Le surdimensionnement n'est pas une fatalité économique, tant que la régulation travaille correctement et que le cyclage reste maîtrisé.
Procédez comme sur une machine bien dimensionnée. Baisser la pente jusqu'à la limite du confort, vérifier le cyclage, puis ajuster le décalage. L'ordre compte, car la pente pilote la plage de fonctionnement et le décalage seulement son niveau.
Ce que vous devez laisser au dossier du client
Pour près d'un quart des installations contrôlées, le professionnel qualifié ne peut présenter le calcul des déperditions (Qualit'EnR, 2025). La note de dimensionnement du système manque tout autant, et c'est aujourd'hui la première non-conformité documentaire de la filière.
Qualit'EnR rappelle une seconde obligation : rédiger un compte rendu des opérations de mise en service. Ce compte rendu précise que le particulier a bien été formé à l'utilisation de la machine, et il doit figurer au dossier du client.
Rien n'interdit d'y ajouter les valeurs de pente et de décalage retenues. Notez aussi la température de départ mesurée à la réception, et la date du relevé. Ce quart de page vous protège en cas de litige et fait gagner une heure au prochain intervenant.
Notre guide de la qualification QualiPAC détaille les exigences documentaires du signe de qualité. Pour le devis, reportez-vous à notre checklist des mentions obligatoires.
Où en est le marché de la PAC air/eau ?
En repli contenu. Uniclima mesure 1,8 % de baisse des ventes sur la pompe à chaleur air/eau entre 2024 et 2025 (Uniclima, 2026). La géothermie recule de 6,2 %, le syndicat publiant des pourcentages et non des volumes.
Du côté du parc, le SDES donne l'ordre de grandeur (SDES, 2025). Les pompes à chaleur ont produit 51,9 TWh de chaleur renouvelable en 2024, dont 23,1 TWh pour les seules machines air/eau.
Dans un marché qui ne croît plus, la performance réelle des installations déjà posées devient un argument commercial. Un parc qui tourne à 2,9 alors qu'il pouvait atteindre 4 gaspille une réserve de réputation.
Coupler la machine à une production solaire change également l'équation économique. Voyez notre guide du couplage entre pompe à chaleur et photovoltaïque. Notre analyse de la réforme des heures pleines et des heures creuses complète le tableau.
Note de transparence sur les sources
Trois éléments ne figurent pas dans cet article, faute de source vérifiable. On cite souvent un gain de 2 à 3 % de COP par degré abaissé. Aucune source de premier ou de deuxième rang ne publie ce chiffre.
Nous ne reproduisons pas non plus les températures de base par zone climatique. Elles figurent dans la norme NF EN 12831-1 et dans son annexe nationale NF P 52-612/CN, deux textes payants que nous n'avons pas consultés.
Enfin, legifrance.gouv.fr renvoie une erreur 403 aux consultations automatisées. Nous avons donc vérifié les seuils d'ETAS et les classes de régulateur sur le PDF publié par le ministère et sur EUR-Lex, et non au Journal officiel lui-même.
Questions fréquentes
Faut-il un capteur d'ambiance en plus de la sonde extérieure ?
Pas obligatoirement, mais le bonus réglementaire le récompense. En classe VI, régulation climatique et capteur d'ambiance travaillent ensemble sur un dispositif modulant. Elle vaut 4 points d'ETAS, contre 2 pour la régulation climatique seule en classe II (Commission européenne, 2014).
Quelle pente retenir sur une rénovation avec radiateurs ?
Commencez bas et remontez. L'ADEME situe la plage utile entre 35 et 45 °C de départ. Sur des radiateurs anciens, partez du réglage le plus bas qui tienne le confort par température de base, puis vérifiez le cyclage avant de remonter.
La loi d'eau doit-elle apparaître dans le dossier CEE ?
Non. Cette fiche exige la classe du régulateur et la note de dimensionnement à T = Tbase. La courbe réglée, elle, n'apparaît nulle part. Rien ne vous empêche de la documenter, et nous le recommandons.
Un thermostat connecté remplace-t-il la loi d'eau ?
Non, il agit sur l'autre axe. Un thermostat pilote la consigne d'ambiance, quand la loi d'eau pilote la température de départ. Les deux se combinent, et c'est précisément cette combinaison que la classe VI récompense.
Combien de temps attendre entre deux corrections ?
Au moins vingt-quatre heures, davantage sur plancher chauffant. L'inertie du bâti masque l'effet d'une correction pendant plusieurs heures. Retoucher trop vite conduit systématiquement à surcompenser.
Que vérifier sur une machine qui cycle trop ?
La pente d'abord, le ballon tampon ensuite. L'ADEME retient la règle d'un démarrage par heure au maximum, et l'AQC décrit des cycles inférieurs à dix minutes sur les machines surdimensionnées (AQC, 2022).
La loi d'eau est le seul paramètre qui rattrape, sans dépose, une partie des erreurs commises en amont. Elle ne figure dans aucune pièce obligatoire du dossier, ce qui en fait aussi le premier endroit où regarder quand une installation déçoit.





