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Agrivoltaïsme : Rentabilité et Réglementation pour Exploitations Agricoles en 2026

Guide complet sur l'agrivoltaïsme en France : cadre réglementaire 2026, cultures compatibles, modèles économiques, financement et études de cas pour agriculteurs.

L'agrivoltaïsme représente une innovation majeure pour l'agriculture française, combinant production alimentaire et énergétique sur une même parcelle. Face aux défis du changement climatique et de la transition énergétique, cette approche de double usage des terres agricoles suscite un intérêt croissant. Le gouvernement français s'est fixé un objectif ambitieux : atteindre 1 GW de puissance agrivoltaïque installée d'ici 2030, témoignant de l'importance stratégique de cette technologie pour l'avenir de nos exploitations.

Ce guide complet s'adresse aux agriculteurs qui souhaitent comprendre les opportunités et les contraintes de l'agrivoltaïsme. Nous aborderons les aspects réglementaires, techniques, économiques et agronomiques pour vous permettre d'évaluer la pertinence d'un tel projet pour votre exploitation.

Qu'est-ce que l'agrivoltaïsme ?

L'agrivoltaïsme désigne l'installation de panneaux photovoltaïques sur des terres agricoles tout en maintenant une activité de production agricole. Contrairement aux centrales solaires classiques qui monopolisent l'usage du sol, les systèmes agrivoltaïques sont conçus pour permettre la coexistence harmonieuse de deux productions.

Les différents types de systèmes agrivoltaïques

Systèmes surélevés : Les panneaux sont installés à une hauteur de 4 à 5 mètres, permettant le passage des engins agricoles. Cette configuration convient particulièrement aux grandes cultures et à l'élevage. L'espacement entre les rangées de panneaux garantit un ensoleillement suffisant pour les cultures.

Systèmes inter-rangs : Les panneaux sont positionnés entre les rangs de cultures, à une hauteur plus basse (2 à 3 mètres). Cette approche est adaptée au maraîchage, à la viticulture et aux cultures fruitières. L'ombrage partiel peut même améliorer les rendements de certaines cultures sensibles à la chaleur.

Systèmes intégrés aux serres : Les panneaux semi-transparents ou alternés remplacent une partie de la couverture des serres. Cette solution permet de produire de l'électricité tout en maintenant les conditions de culture sous abri, avec un contrôle précis de l'ombrage.

Bénéfices pour les cultures et l'élevage

Les panneaux photovoltaïques créent un microclimat favorable qui peut améliorer les performances agricoles. La réduction de l'évapotranspiration permet d'économiser jusqu'à 30% d'eau d'irrigation selon les études de l'INRAE. L'ombrage partiel protège les cultures des stress thermiques lors des canicules, de plus en plus fréquentes.

Pour l'élevage, les panneaux offrent des zones d'ombre appréciées par les animaux, améliorant leur bien-être et leurs performances. Les ovins et les bovins peuvent pâturer sous les structures, tandis que les volailles trouvent protection contre les prédateurs aériens. L'entretien de la végétation sous les panneaux par les animaux réduit les coûts de maintenance.

Cadre réglementaire 2026

La loi d'accélération de la production d'énergies renouvelables, promulguée en mars 2023, a profondément modifié le cadre juridique de l'agrivoltaïsme. Elle établit une définition précise de l'agrivoltaïsme et fixe les conditions pour qu'une installation soit reconnue comme telle, bénéficiant ainsi d'un régime favorable.

Définition légale et critères de qualification

Pour être qualifiée d'agrivoltaïque, une installation doit respecter trois conditions cumulatives : l'activité agricole doit rester l'activité principale et pérenne sur la parcelle, les panneaux doivent apporter un service direct à l'agriculture (protection climatique, amélioration du bien-être animal, adaptation au changement climatique), et la production agricole ne doit pas diminuer de plus de 10% par rapport à une parcelle témoin.

Ces critères stricts visent à éviter que des centrales solaires classiques ne se déguisent en projets agrivoltaïques pour bénéficier d'un accès facilité au foncier agricole. Un suivi agronomique sur au moins trois ans est obligatoire pour démontrer le maintien de la production.

Protection des terres agricoles

Les installations agrivoltaïques ne sont pas considérées comme un changement de destination des terres agricoles, contrairement aux centrales solaires au sol. Elles ne nécessitent donc pas de compensation agricole collective, ce qui simplifie considérablement les démarches administratives. Toutefois, les projets restent soumis à l'avis de la Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) pour les installations de plus de 1 hectare.

Procédures d'autorisation et études environnementales

Les projets agrivoltaïques de moins de 3 MW relèvent d'une déclaration préalable en mairie. Au-delà de 3 MW, un permis de construire est nécessaire. Pour les installations supérieures à 250 kWc, une étude d'impact environnemental simplifiée doit être réalisée, incluant l'analyse des effets sur la biodiversité, les paysages et les ressources en eau.

Les délais d'instruction varient de 2 à 6 mois selon la taille du projet. Il est recommandé d'engager un dialogue précoce avec les services de l'État et la chambre d'agriculture pour sécuriser le montage du projet. La consultation des riverains et des collectivités locales est également un facteur clé de réussite.

Cultures et élevages compatibles

Toutes les productions agricoles ne se prêtent pas également à l'agrivoltaïsme. Le choix du système doit être adapté aux spécificités de chaque culture ou élevage, en tenant compte des besoins en lumière, des contraintes de mécanisation et des bénéfices potentiels de l'ombrage.

Type de culture/élevageCompatibilitéBénéficesContraintesExemples réussis
ViticultureExcellenteProtection contre gel et grêle, réduction stress hydrique, qualité des raisins préservéeAdaptation de la taille des rangs, investissement initial élevéDomaine de Nidolères (66), Château La Coste (13)
Maraîchage (salades, tomates)Très bonneRéduction évapotranspiration 20-30%, protection canicules, rendements stables ou améliorésAjustement du taux d'ombrage selon cultures, gestion de l'hétérogénéité lumineuseEARL du Petit Bois (44), Ferme de Grignon (78)
Grandes cultures (blé, colza)BonneRésilience à la sécheresse, maintien rendements en années difficilesNécessite structures hautes (>4m), espacement large pour mécanisationFerme expérimentale Montpellier SupAgro
Élevage ovinExcellenteOmbrage pour animaux, entretien végétation sous panneaux, revenus complémentairesAdaptation des clôtures, protection des câblesGAEC de la Bergerie (35), Ferme de Javerlhac (24)
Élevage bovin (lait, viande)BonneBien-être animal amélioré, réduction stress thermique, production laitière stabiliséeStructures robustes nécessaires, hauteur minimale 4,5mEARL des Prés Verts (53)
Volailles plein airTrès bonneProtection prédateurs aériens, zones d'ombre, parcours attractifsGestion du parcours, nettoyage sous panneauxFerme avicole de Tréméven (22)
ArboricultureMoyenneProtection contre grêle et gel, régulation thermiqueComplexité d'installation entre arbres, coûts élevésVergers expérimentaux INRAE Avignon

Viticulture : un secteur pionnier

La viticulture est l'un des secteurs les plus avancés en matière d'agrivoltaïsme. Les panneaux installés au-dessus des rangs de vignes offrent une protection efficace contre les aléas climatiques, particulièrement le gel printanier et la grêle, qui causent des pertes importantes. Les études menées en Provence et en Occitanie montrent que l'ombrage partiel réduit le stress hydrique de la vigne sans affecter la qualité des raisins, voire en l'améliorant lors des millésimes très chauds.

Maraîchage : des résultats prometteurs

Les cultures maraîchères, notamment les salades, épinards, et certaines variétés de tomates, bénéficient particulièrement de l'ombrage modéré fourni par les panneaux. La réduction de l'évapotranspiration permet des économies d'eau substantielles, un atout majeur dans le contexte de restrictions croissantes. Les maraîchers témoignent d'une meilleure régularité de production et d'une réduction des pertes liées aux coups de chaleur.

Dimensionnement et conception technique

La conception d'un système agrivoltaïque performant repose sur un équilibre délicat entre production électrique et maintien de la productivité agricole. Chaque paramètre technique doit être optimisé en fonction des contraintes spécifiques de l'exploitation.

Hauteur et espacement des panneaux

Pour les grandes cultures, une hauteur minimale de 4 mètres est nécessaire pour permettre le passage des moissonneuses-batteuses et autres engins agricoles. L'espacement entre les rangées de panneaux doit être d'au moins 8 à 10 mètres pour garantir un ensoleillement suffisant. Cette configuration permet de maintenir 70 à 85% de la production agricole de référence.

Pour le maraîchage et les cultures spécialisées, des hauteurs de 2,5 à 3,5 mètres sont généralement suffisantes, avec un espacement plus resserré de 4 à 6 mètres. Cette configuration permet d'atteindre un taux d'ombrage de 30 à 40%, optimal pour de nombreuses cultures sensibles à la chaleur.

Systèmes de tracking et orientation

Les systèmes fixes orientés plein sud avec une inclinaison de 20 à 30° constituent la solution la plus économique et la plus fiable. Ils offrent un bon compromis entre production électrique et maintien de l'activité agricole, avec une répartition homogène de l'ombrage au fil de la journée.

Les systèmes avec trackers mono-axe, qui suivent la course du soleil d'est en ouest, augmentent la production électrique de 15 à 25% mais génèrent un ombrage plus variable. Ils sont particulièrement adaptés aux cultures qui tolèrent une certaine hétérogénéité lumineuse. Les trackers bi-axes, plus coûteux, restent rares en agrivoltaïsme en raison de leur complexité mécanique.

Intégration avec les systèmes d'irrigation

L'installation de panneaux photovoltaïques modifie la répartition de l'eau de pluie et nécessite souvent une adaptation du système d'irrigation. Les goutte-à-goutte et micro-aspersion sont particulièrement bien adaptés, permettant un apport d'eau précis malgré l'ombrage hétérogène. Certains systèmes innovants intègrent la récupération de l'eau de pluie ruisselant sur les panneaux, valorisant ainsi une ressource supplémentaire.

Modèles économiques et rentabilité

La viabilité économique d'un projet agrivoltaïque repose sur la combinaison de plusieurs flux de revenus : la vente d'électricité, le maintien de la production agricole, et les éventuelles subventions. L'investissement initial est conséquent, mais les perspectives de rentabilité sont attractives sur le long terme.

Sources de revenus

La vente d'électricité constitue le revenu principal. Deux modèles coexistent : le contrat d'obligation d'achat avec tarif garanti sur 20 ans, et l'autoconsommation avec vente du surplus. Les tarifs d'achat pour les installations agrivoltaïques varient de 0,10 à 0,14 €/kWh selon la puissance et le type de contrat, avec des primes à l'autoconsommation pour les petites installations.

La production agricole doit être maintenue à au moins 90% de la référence pour respecter la définition légale de l'agrivoltaïsme. Dans de nombreux cas, les bénéfices agronomiques (économies d'eau, protection climatique) permettent de compenser la légère réduction d'ensoleillement, voire d'améliorer les rendements en années difficiles.

Taille exploitation (ha)Puissance installée (kWc)Investissement (€)Revenus électricité/an (€)Revenus agricoles/an (€)ROI (années)
2 ha (maraîchage)150 kWc180 00018 00045 0008-10
5 ha (viticulture)400 kWc520 00048 00085 0009-11
10 ha (grandes cultures)800 kWc950 00092 00035 00010-12
20 ha (élevage ovin)1 500 kWc1 650 000165 00055 0009-11

Ces chiffres sont des moyennes indicatives basées sur des projets réalisés en 2025. Les coûts d'investissement incluent les panneaux, les structures, le raccordement électrique et les études préalables. Les revenus électriques sont calculés sur la base d'un productible de 1 200 kWh/kWc/an (moyenne France) et d'un tarif de rachat de 0,12 €/kWh. Les revenus agricoles représentent le maintien de 90% de la production de référence.

Coûts d'exploitation et maintenance

Les coûts annuels de maintenance représentent environ 1,5 à 2% de l'investissement initial. Ils comprennent le nettoyage des panneaux, la vérification des connexions électriques, l'entretien de la végétation sous les structures, et le remplacement éventuel d'onduleurs (durée de vie 10-12 ans). L'assurance multirisque couvre les dommages aux équipements et la perte d'exploitation, pour un coût de 0,3 à 0,5% de la valeur assurée.

Financement et aides disponibles

Le financement d'un projet agrivoltaïque mobilise généralement plusieurs sources complémentaires. L'investissement initial élevé nécessite une ingénierie financière adaptée, combinant fonds propres, emprunts bancaires et subventions publiques.

Prêts bancaires spécialisés

Le Crédit Agricole et d'autres banques proposent des prêts dédiés aux projets d'énergies renouvelables agricoles, avec des durées de 15 à 20 ans et des taux préférentiels (2,5 à 3,5% en 2026). Ces prêts peuvent financer jusqu'à 80% de l'investissement, avec un différé de remboursement de 12 à 24 mois pour tenir compte de la phase de construction. La garantie repose sur les revenus futurs de la vente d'électricité, sécurisés par le contrat d'obligation d'achat.

Subventions ADEME et régionales

L'ADEME soutient les projets agrivoltaïques innovants à travers son programme AGRIPV, avec des subventions pouvant atteindre 20 à 30% de l'investissement pour les projets pilotes incluant un volet recherche et développement. Les critères d'éligibilité privilégient les systèmes démontrant un réel service à l'agriculture et intégrant un suivi agronomique rigoureux.

Les Régions proposent également des aides complémentaires dans le cadre de leurs plans climat-énergie. Les montants et conditions varient selon les territoires, mais peuvent représenter 10 à 15% supplémentaires de l'investissement. Certaines Régions comme la Nouvelle-Aquitaine, l'Occitanie et les Pays de la Loire ont mis en place des guichets dédiés à l'agrivoltaïsme.

Tarifs d'achat et autoconsommation

Le modèle de vente totale avec obligation d'achat reste le plus répandu pour les installations de plus de 100 kWc. Les tarifs sont fixés par arrêté ministériel et garantis sur 20 ans, offrant une visibilité financière indispensable pour les banques. Pour les installations de moins de 100 kWc, l'autoconsommation avec vente du surplus devient intéressante, notamment pour les exploitations ayant des besoins électriques importants (irrigation, chambres froides, transformation).

Les primes à l'autoconsommation varient de 80 à 380 €/kWc selon la puissance installée, versées sur 5 ans. Ce modèle permet de réduire la facture énergétique de l'exploitation tout en valorisant le surplus de production. L'optimisation du taux d'autoconsommation (idéalement supérieur à 40%) nécessite une bonne adéquation entre production solaire et consommation de l'exploitation.

Études de cas par secteur

Les retours d'expérience des exploitations pionnières permettent d'identifier les facteurs de succès et les écueils à éviter. Voici une sélection de projets représentatifs des différentes filières agricoles.

LocalisationType d'exploitationSurface (ha)Puissance (kWc)Résultats agronomiquesRésultats économiques
Tresserre (66)Viticulture AOC Côtes du Roussillon3 ha280 kWcRendement maintenu à 95%, meilleure qualité millésimes chauds, réduction stress hydrique 25%ROI 9 ans, revenus électricité 32 000 €/an, économie eau 4 000 €/an
Montoir-de-Bretagne (44)Maraîchage diversifié bio1,5 ha120 kWcRendements salades +12%, tomates stables, économie eau 30%, moins de pertes caniculeROI 8 ans, revenus électricité 14 000 €/an, production agricole 38 000 €/an
Amance (54)Grandes cultures (blé, colza)12 ha950 kWcRendements 85-90% de la référence, meilleure résilience sécheresse, qualité grains préservéeROI 11 ans, revenus électricité 105 000 €/an, production agricole 42 000 €/an
Thouars (79)Élevage ovin 400 brebis15 ha1 200 kWcBien-être animal amélioré, gain de poids agneaux +8%, entretien végétation optimiséROI 10 ans, revenus électricité 132 000 €/an, revenus élevage 58 000 €/an
Plouisy (22)Volailles plein air 6 000 poules4 ha350 kWcParcours mieux utilisé, mortalité prédateurs -60%, ponte stable étéROI 9 ans, revenus électricité 40 000 €/an, revenus œufs 95 000 €/an

Cas détaillé : viticulture en Provence

Le Domaine de Nidolères, dans les Pyrénées-Orientales, a été l'un des premiers vignobles français à installer un système agrivoltaïque en 2019. Sur 3 hectares de vignes AOC Côtes du Roussillon, 280 kWc de panneaux ont été installés à 4,5 mètres de hauteur, avec un espacement de 9 mètres entre les rangées. Le système fixe orienté sud permet de maintenir 70% d'ensoleillement direct.

Après cinq années de recul, les résultats sont probants. Les rendements se maintiennent à 95% de la référence, avec une qualité des raisins préservée, voire améliorée lors des millésimes très chauds comme 2022 et 2023. L'ombrage partiel a permis de réduire le stress hydrique de 25%, limitant les besoins en irrigation. Les économies d'eau représentent environ 4 000 € par an. La production électrique génère 32 000 € de revenus annuels, permettant un retour sur investissement en 9 ans.

Cas détaillé : maraîchage en Loire-Atlantique

L'EARL du Petit Bois, exploitation maraîchère bio de 1,5 hectare à Montoir-de-Bretagne, a installé 120 kWc de panneaux en 2021. Le système inter-rangs à 3 mètres de hauteur couvre 40% de la surface cultivée, créant un ombrage partiel particulièrement bénéfique pour les salades et les épinards. L'investissement de 145 000 € a été financé à 70% par emprunt bancaire et 20% par une subvention régionale.

Les résultats agronomiques dépassent les attentes : les rendements de salades ont augmenté de 12% grâce à la protection contre les coups de chaleur, tandis que les tomates maintiennent leur productivité. L'économie d'eau atteint 30%, soit environ 3 500 € par an. La production électrique, entièrement vendue, génère 14 000 € de revenus annuels. Le maraîcher estime que le système sera amorti en 8 ans, tout en ayant sécurisé son exploitation face aux aléas climatiques.

Impact agronomique : ce que disent les études

Les recherches menées par l'INRAE, Montpellier SupAgro et d'autres institutions scientifiques apportent un éclairage précieux sur les effets réels de l'agrivoltaïsme. Ces études, basées sur plusieurs années de mesures, permettent de dépasser les simples témoignages pour établir des conclusions robustes.

Résilience à la sécheresse

L'étude de l'INRAE sur la plateforme expérimentale de Montpellier (2019-2024) démontre que l'ombrage partiel réduit l'évapotranspiration de 20 à 35% selon les cultures et les conditions climatiques. Cette réduction est particulièrement marquée lors des épisodes de forte chaleur, où les panneaux créent un microclimat plus favorable. Pour le blé dur, les rendements sous panneaux sont équivalents à la référence en année normale, mais supérieurs de 15 à 20% lors des années de sécheresse sévère.

Régulation thermique

Les mesures de température sous panneaux révèlent une réduction des températures maximales de 3 à 5°C lors des journées caniculaires, tout en maintenant des températures minimales légèrement supérieures la nuit (effet de serre inversé). Cette régulation thermique bénéficie particulièrement aux cultures sensibles aux stress thermiques, comme les salades, les épinards et certaines variétés de tomates. Pour les animaux d'élevage, les zones ombragées sont systématiquement préférées lors des périodes chaudes, améliorant leur confort et leurs performances.

Impacts sur les rendements

Les effets sur les rendements varient fortement selon les cultures et la conception du système. Pour les grandes cultures (blé, colza), les études montrent une réduction de 10 à 15% en année favorable, mais un maintien voire une amélioration en année difficile. La variabilité interannuelle est réduite, ce qui constitue un avantage pour la gestion de l'exploitation.

Pour les cultures maraîchères et la viticulture, les résultats sont plus favorables. Les études de l'Université d'Avignon sur la vigne montrent que l'ombrage modéré (30-40%) n'affecte pas la qualité des raisins et peut même l'améliorer en limitant l'échaudage des baies. Pour les salades et légumes-feuilles, plusieurs études rapportent des augmentations de rendement de 5 à 15% grâce à la protection contre les stress thermiques.

Biodiversité et sols

Les suivis écologiques menés sur plusieurs sites agrivoltaïques révèlent des impacts contrastés sur la biodiversité. La diversité floristique sous les panneaux est généralement maintenue, avec parfois l'apparition d'espèces de demi-ombre. L'avifaune s'adapte bien aux structures, qui peuvent même servir de perchoirs pour certaines espèces. En revanche, les insectes pollinisateurs montrent une préférence pour les zones non ombragées, ce qui nécessite de maintenir des corridors écologiques.

L'impact sur les sols reste limité si les fondations sont bien conçues. Les analyses de sol montrent un maintien de la structure et de la fertilité, avec parfois une augmentation de la matière organique sous les panneaux en raison de la réduction de la minéralisation. L'absence de tassement par les engins agricoles sous les structures peut même améliorer la structure du sol sur le long terme.

Défis et solutions

Malgré ses atouts, l'agrivoltaïsme fait face à plusieurs défis qui peuvent freiner son développement. La compréhension de ces obstacles et des solutions disponibles est essentielle pour réussir son projet.

Coût initial élevé

L'investissement initial, de 1 000 à 1 500 €/kWc pour un système agrivoltaïque, est nettement supérieur à celui d'une centrale solaire au sol classique (600-800 €/kWc). Ce surcoût s'explique par les structures plus hautes et robustes, l'espacement plus important entre les rangées, et les études agronomiques préalables. Pour surmonter cet obstacle, il est crucial de mobiliser l'ensemble des aides disponibles et de négocier des conditions de financement favorables. Le recours à des modèles de tiers-investissement, où un développeur finance et exploite l'installation en échange d'un loyer versé à l'agriculteur, peut également faciliter le passage à l'acte.

Complexité technique

La conception d'un système agrivoltaïque performant nécessite des compétences multiples : agronomie, génie électrique, génie civil. L'agriculteur doit s'entourer de bureaux d'études spécialisés et de partenaires fiables. Les chambres d'agriculture proposent désormais des accompagnements dédiés, depuis l'étude de faisabilité jusqu'à la mise en service. Le réseau AGRIVOLT, créé en 2024, fédère les acteurs de la filière et facilite le partage d'expériences entre agriculteurs.

Incertitude réglementaire

Bien que le cadre réglementaire se soit clarifié avec la loi de 2023, certaines zones d'ombre persistent, notamment sur les modalités précises de calcul du maintien de la production agricole et sur l'articulation avec les aides PAC. Les décrets d'application continuent d'évoluer, créant une incertitude pour les porteurs de projets. Il est recommandé de consulter régulièrement les services de la DRAAF et de la chambre d'agriculture pour s'assurer de la conformité du projet aux dernières exigences.

Acceptabilité sociale

Les projets agrivoltaïques peuvent susciter des réticences de la part des riverains, des élus locaux ou d'autres agriculteurs, par crainte d'une industrialisation de l'agriculture ou d'impacts paysagers. La clé de l'acceptabilité réside dans la transparence et la concertation précoce. Organiser des visites de sites existants, présenter les bénéfices agronomiques et environnementaux, et intégrer le projet dans une démarche territoriale de transition énergétique sont autant de leviers pour construire un consensus local.

Démarches pour lancer un projet

Le lancement d'un projet agrivoltaïque suit un processus structuré en plusieurs étapes, de la réflexion initiale à la mise en service. Chaque phase nécessite une attention particulière pour sécuriser le projet.

Étape 1 : Évaluation de la faisibilité

La première étape consiste à évaluer la pertinence technique et économique du projet pour votre exploitation. Contactez votre chambre d'agriculture pour bénéficier d'un pré-diagnostic gratuit. Cette analyse préliminaire examine la compatibilité de vos cultures ou élevages avec l'agrivoltaïsme, le potentiel solaire de vos parcelles, les contraintes réglementaires locales, et une première estimation des coûts et revenus. Cette phase permet de décider si le projet mérite d'être approfondi.

Étape 2 : Étude de faisibilité détaillée

Si le pré-diagnostic est positif, faites réaliser une étude de faisibilité complète par un bureau d'études spécialisé (coût : 5 000 à 15 000 € selon la taille du projet). Cette étude comprend une analyse agronomique approfondie avec simulation des impacts sur les cultures, un dimensionnement technique précis du système photovoltaïque, une étude de raccordement au réseau électrique, une modélisation financière détaillée sur 20 ans, et une première analyse des contraintes réglementaires et environnementales.

Étape 3 : Montage financier et recherche de partenaires

Sur la base de l'étude de faisabilité, construisez votre plan de financement en identifiant les sources de fonds propres, en sollicitant des prêts bancaires auprès d'établissements spécialisés, en déposant des demandes de subventions auprès de l'ADEME et de votre Région, et en explorant les modèles de tiers-investissement si nécessaire. Cette phase peut prendre 3 à 6 mois. Parallèlement, sélectionnez vos partenaires techniques : installateur photovoltaïque, bureau d'études agronomiques, et éventuellement développeur de projet.

Étape 4 : Procédures administratives

Lancez les démarches administratives en déposant une déclaration préalable ou une demande de permis de construire selon la puissance, en réalisant l'étude d'impact environnemental si nécessaire, en sollicitant l'avis de la CDPENAF pour les projets de plus de 1 hectare, et en obtenant l'autorisation de raccordement au réseau électrique auprès d'Enedis. Prévoyez 4 à 8 mois pour l'instruction complète du dossier. Profitez de cette période pour organiser des réunions de concertation avec les élus et les riverains.

Étape 5 : Construction et mise en service

Une fois toutes les autorisations obtenues et le financement bouclé, les travaux peuvent débuter. La construction d'un système agrivoltaïque prend généralement 3 à 6 mois selon la taille. Elle comprend la préparation du terrain et les fondations, l'installation des structures porteuses, la pose des panneaux photovoltaïques, le raccordement électrique et la mise en service. Veillez à planifier les travaux en dehors des périodes critiques pour vos cultures ou votre élevage. Un suivi agronomique doit être mis en place dès la première année pour documenter les effets du système.

Étape 6 : Exploitation et suivi

Après la mise en service, l'exploitation du système nécessite un suivi régulier. Assurez la maintenance préventive des équipements photovoltaïques, surveillez les performances de production électrique via les outils de monitoring, documentez les résultats agronomiques (rendements, qualité, observations), et adaptez vos pratiques culturales si nécessaire. Le suivi agronomique sur trois ans minimum est obligatoire pour démontrer le respect de la définition légale de l'agrivoltaïsme. Ces données seront précieuses pour optimiser le système et valoriser votre expérience.

Conclusion

L'agrivoltaïsme représente une opportunité stratégique pour les exploitations agricoles françaises face aux défis du changement climatique et de la transition énergétique. En combinant production alimentaire et énergétique, cette approche innovante permet de diversifier les revenus tout en améliorant la résilience des systèmes agricoles.

Les retours d'expérience des exploitations pionnières démontrent la viabilité technique et économique de l'agrivoltaïsme pour de nombreuses filières : viticulture, maraîchage, grandes cultures, élevage. Les bénéfices agronomiques, notamment la protection contre les stress thermiques et hydriques, se confirment année après année. Les modèles économiques, bien que nécessitant un investissement initial conséquent, offrent des perspectives de rentabilité attractives sur le long terme.

Le cadre réglementaire, clarifié par la loi de 2023, sécurise désormais les projets tout en garantissant le maintien de l'activité agricole comme priorité. Les dispositifs de financement et d'accompagnement se structurent progressivement, facilitant le passage à l'acte pour les agriculteurs intéressés.

Néanmoins, l'agrivoltaïsme n'est pas une solution universelle. Chaque projet doit être soigneusement étudié en fonction des spécificités de l'exploitation, des cultures pratiquées, et du contexte local. La réussite repose sur une conception technique adaptée, un montage financier solide, et une bonne acceptabilité sociale.

Avec l'objectif gouvernemental de 1 GW installé d'ici 2030, l'agrivoltaïsme est appelé à se développer significativement dans les années à venir. Les agriculteurs qui s'engagent aujourd'hui dans cette voie participent à la construction d'un modèle agricole plus durable et plus résilient, tout en sécurisant l'avenir économique de leur exploitation. Le moment est propice pour étudier sérieusement cette opportunité et rejoindre la dynamique de l'agriculture solaire française.

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